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traquera partout ; vous serez injurié, conspué, traître et renégat ; car la seule chose que haïssent tous les hommes, en religion comme en politique, c’est la véritable indépendance d’esprit.

Tourgueneff était, avec raison, considéré comme un libéral. Ayant raconté les faiblesses des révolutionnaires, on le traita comme un faux frère. Il n’en continua pas moins ses études sur ce parti toujours grandissant, si curieux et si terrible, et son dernier grand roman, Terres vierges, indique avec une surprenante clarté l’état mental du nihilisme actuel.

Il avait, par suite d’une indépendance absolue, une singulière situation dans sa patrie. Suspect aux gens du pouvoir et suspect aux révolutionnaires, il était, en réalité, un ami fidèle pour les uns et pour les autres et sans opinion. Les nihilistes réfugiés à Paris trouvaient toujours sa porte ouverte ; aussi chaque fois qu’il faisait en Russie son voyage annuel, ses amis français craignaient-ils quelque mesure de rigueur du gouvernement à son égard. La cour le ménageait sans lui témoigner grande amitié. Mais la jeunesse l’adorait, lui faisait des ovations bruyantes dans les rues de Saint-Pétersbourg.



Son œuvre littéraire est assez considérable. Ce n’est point le lieu de l’analyser ici. Mentionnons encore un fort beau roman : Les Eaux printanières.

Mais c’est peut-être dans les courtes