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Il est certain que les esprits construits de façon à s’amuser à la lecture d’un roman de M. Cherbuliez s’ennuieraient mortellement au récit des découragements de M. Folantin. Je comprends à la rigueur l’opinion de ces gens ; mais je ne comprends plus qu’ils refusent à d’autres le droit de préférer infiniment l’œuvre du romancier naturaliste aux combinaisons d’aventures attendrissantes qu’imaginerait l’autre écrivain.

À côté des livres qui amusent, admettez-vous les livres qui émeuvent ? Oui, n’est-ce pas ? Or, c’est à mon tour de ne pas admettre qu’on puisse être ému par le tissu d’invraisemblances des romans dits consolants. Quoi de plus émouvant, de plus poignant que la vérité ? Et quoi de plus vrai que la toute simple histoire d’un employé pauvre à la recherche d’un dîner passable ?