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seigne de Lepoitevin, et l’a remplacée par une copie, d’ailleurs fort exacte, et que les habitués admirent de confiance.

La vie d’hôtel est, à Étretat, ce qu’elle est partout. On déjeune et dîne aux mêmes heures et la table d’hôte est conforme au modèle banal.

Une scène quasi-tragique a cependant troublé le calme habituel de la maison Blanquet au début de la saison, et je ne résiste pas au désir de vous la conter.

Il y a quelques mois, une isolée, jeune, jolie, mise excentrique et accent étranger, descendit à l’hôtel et demanda une chambre sur la mer.

Mme Blanquet flairait une aventure et s’apprêtait à lui refuser l’hospitalité, lorsque l’étrangère annonça la prochaine arrivée de son mari.

On s’inclina.

Cependant les jours s’écoulaient et le mari n’arrivait pas. Mme Blanquet, de plus en plus soupçonneuse, signifia à sa locataire qu’elle eût à changer de domicile, ajoutant qu’elle avait loué sa chambre à un client.

L’étrangère réclame, proteste, s’emporte ; mais la sévère Mme Blanquet se montre inflexible, et il fallut changer de logis.

Cette nuit-là, précisément, le mari si souvent annoncé arrivait enfin. Il demande la chambre no 4 (celle que sa femme habitait la veille encore) ; on la lui désigne. Il aperçoit une paire de bottes ; frappe violemment à la porte ; le nouveau locataire se réveille, ouvre tout endormi, et reçoit une maîtresse paire de gifles, bientôt suivie d’une volée de coups de canne.