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un conquérant qui passe majestueux à travers la forêt (qui bruisse des chuchotement d’admiration. Sur son passage triomphal, noyers et érables lancent au héros, comme des confettis, une pluie de chatons et de samares. Les ormes altiers abaissent devant lui le flabellum de leurs frondaisons.

Oh ! l’indicible spectacle du fleuve qui tombe dans l’abîme ! On dirait un rideau qui se déroule sans fin, faisant étinceler au soleil des myriades de paillettes éblouissantes ; on dirait une tapisserie féerique tissue d’or et d’argent qui rutile.

Oh ! l’harmonie grandiose des flots précipités dans le gouffre ! C’est une musique indéfinissable, tour à tour allègre et lugubre, glouglou de bouteille qu’on vide ou râle sourd de supplicié qu’on gave. Ce bruit étrange se transmet de vague en vague, d’onde en onde et vient, perdendosi, expirer en clapotis sur les galets.

Parfois, le fleuve a ses emportements : il se gonfle, monte, empiète, lave la glaise ou le gravier de la rive, déracine et emporte les tilleuls vaniteux qui, penchés imprudemment, contemplaient dans ce miroir aguichant leurs luxuriantes chevelures.

Ici et là, rivières et ruisseaux, pimpants et folâtres, apportent, en minaudant d’un babil clair, leurs hommages au grand fleuve.

Et c’est ainsi que le digne seigneur Alsiganteka a de l’opulence et mène grand train, grâce à ce que, de droite et de gauche, lui versent copieusement ses tributaires.


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