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rent impétueux bouillonnant à ses pieds l’asperge d’embrun qu’irise un rayon de soleil, ce sera un ours noir qui se désaltère dans le courant, un esturgeon qui de son dos fend l’onde écumante, un canot chaviré au milieu du rapide fougueux, un orignal au mufle poindant de la nappe liquide, etc.

Qu’importe l’image entrevue ! Cette fois, le présage est heureux car déjà le sked8a8asino s’est élancé et a gravi le rocher où il entonne un chant rauque. Les sauvages sautillant ou plutôt trépidant comme sous l’empire de quelque frénésie hiératique tournent autour du rocher en vociférant des répons gutturaux aux invocations véhémentes que clame l’homme de médecine.

Chacun d’eux fait trois fois le tour du rocher dans un sens puis trois fois en sens inverse. C’est ainsi qu’il faut défaire, dénouer les trames tissues par les esprits du mal !

Puis, à tour de rôle, au milieu des incantations volubiles et avec des formules rituéliques élaborées, chaque sauvage va au brasier qui flambe, tout près, allumer le calumet de la guerre.


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Vingt fois, les Canadiens ont voulu mettre fin à l’interminable cérémonie et entraîner leurs alliés. Peine perdue, ces derniers préféreraient se rendre à la guerre sans tomahawk que de manquer de respect à Mena’sen.

Enfin, la voix du sked8a8asino a baissé, ses paroles sont moins saccadées, à peine articulées et son oraison traînante expire en un decrescendo qui se confond avec la rumeur sourde de chutes voisines.