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Mais laissons là l’austère histoire et les réflexions qui s’en dégagent ; c’est de chronique qu’il s’agit.

Aussitôt qu’il eut acquis le fief de Saint-François-des-Prés, Jean Crevier y fit ériger le manoir et vint s’y fixer avec son épouse, Marguerite Hertel, sœur de François Hertel qui s’appela successivement Hertel de la Frenière, Hertel de Chambly et Hertel de Rouville.

Ce manoir était une construction fort imposante pour l’époque C’était un rectangle de quelque douze toises par huit. Deux étages et comble. L’édifice était construit en pierre des champs reliée par un mortier qui prenait, en séchant, la dureté du granit. La façade était percée de dix fenêtres avec volets ainsi que d’une solide porte en chêne profusément cloutée et ferrée. En arrière se trouvaient les dépendances, basse-cour, grange, écurie, potager, etc. Le souci de la solidité avait primé toute prétention architecturale.

Au besoin, l’édifice aurait pu servir de fort et c’était en vue d’incursions toujours à redouter qu’on l’avait entouré d’une double enceinte de palissades. Il était situé près de la rivière qu’on commença à appeler Saint-François mais que les sauvages nommaient toujours Alsiganteka[1], vis-à-vis la Grande Isle où l’on bâtit plus tard un fort et qui s’appela depuis l’Isle du Fort.

C’était plutôt un château-fort qu’un château bien que le confortable et le luxe de l’intérieur y fussent ménagés.

C’est là qu’était né le seigneur actuel, Joseph Crevier de Saint-François, et c’est là qu’il habitait avec sa mère, vu qu’en sa qualité de fils aîné il avait hérité du fief à la mort de son père, en 1693.

  1. Les sauvages la nommaient ainsi à cause de l’alsial, plante fluviatile, qui croissait en abondance dans le lit de la rivière.