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II


— Nous n’avons aucun intérêt à importer sur ce continent les vieilles discrépances d’Europe. L’Amérique est assez grande pour que deux peuples y puissent vivre… La guerre est parfois un mal nécessaire, je veux bien ; encore faut-il n’y recourir que lorsque tout moyen de conciliation a failli. À l’aurore de ce siècle, les nations qui prétendent évangéliser le Nouveau-Monde devraient, ce me semble, y établir une ère de tolérance et de bonne volonté, deux conditions bien nécessaires pour faire bienvenir la doctrine du Christ et assurer le plein développement des ressources merveilleuses de ces contrées, partant, le complet épanouissement du bien-être matériel et moral des peuples aussi bien que des individus.

— Mon cher Abbé, riposte non sans ironie Messire des Maizerets, qui s’outrecuide facilement, vous parlez d’or et j’applaudis de tout cœur à ces nobles sentiments. Si le but de l’homme ici-bas était son bien-être, j’abonderais dans vos vues. Il serait sans doute agréable de vivre à sa poste dans la faitardise, au milieu d’une nature abondante et généreuse ; mais il faudrait, pour cela, pactiser avec l’erreur, suppéditer sa conscience, traiter de pair avec les ennemis de Notre Sainte Mère l’Église… Croyez-moi, chercher le bonheur ici-bas, c’est courir après une chimère. Celui qui a dit : « Mon royaume n’est pas de ce monde » savait ce qu’il disait aussi bien que vous ou moi peut-être !…

— Mais si je me remets bien, Messire, intervient ici Hertel de Chambly qui dissimule mal son indignation en voyant quel ton provocateur, quels éclats de voix et quelles arguties, mon-