Page:Massé - À vau-le-nordet, 1935.djvu/62

Cette page a été validée par deux contributeurs.
60
à vau-le-nordet
Book important2.svg Les corrections sont expliquées en page de discussion

dont un tempérament plus stable, moins frondeur et moins sceptique, n’eût pas manqué de tirer bon parti. D’autres le jugeaient insupportable à cause de ce qu’ils appelaient son esprit de contradiction, sa manie de toujours prétendre avoir raison envers et contre tous.

Il faut convenir qu’il avait d’instinct le ton déclamatoire, le style gongorique et il exagérait à plaisir ces travers pour dérouter les malins qui cherchaient à faire son autopsie, ainsi qu’il disait. En voilà assez, sous l’angle particulier qui nous intéresse, pour faire saisir la complexion de mon personnage.

Félix, taquin lui-même, entendait la plaisanterie. Son prénom lui avait valu maints quolibets. Quelqu’un avait même remarqué — et le mot avait fait fortune — qu’il possédait les trois modes d’expression caractéristiques de son homonyme quadrupède.

S’il dissertait d’un sujet non contentieux, s’il exposait ses vues sans prétendre réfuter un adversaire, si enfin il se contentait d’énoncer des idées, sans recourir à l’invective, à l’argument ad hominem, on disait que Félix ronronnait. Il avait l’air, en effet, de s’écouter parler, de se gargariser de métaphores à effet, de périodes grandiloquentes tendant visiblement à provoquer un interlocuteur.

S’il trouvait son homme, si un jouteur entrait en lice, il commençait à ferrailler pour de bon. À