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la terrasse

La houle rage tout l’après-midi et une partie de la soirée jusqu’à l’heure règlementaire. Puis, quand le petit canon bureaucrate, de sa voix quinteuse, tousse aux intrus le congé de neuf heures, le ressac décolère, le flot se retire et la Terrasse a l’air de la grève au baissant.

Grâce à ce modus vivendi, tout le monde a accès à la Terrasse, les Basse-Vilains comme les Haute-Villois et le protocole est sauf. On y tolère même les étrangers pourvu qu’ils aient le bon esprit d’admirer les hôtels particuliers de Près-de-ville, de s’extasier devant les gratte-ciel de la Pointe-Lévy et de se pâmer devant le grandiose panorama de Beauport et de Sainte-Pétronille. L’enthousiasme doit être exclamatif et volubile ; c’est le temps de sortir vos superlatifs, fussent les clichés des plus usagers.

Quand Kébec dresse son bilan, c’est la Terrasse quelle établit comme le principal article de son actif. L’énergie et l’esprit d’initiative de ses habitants y sont peut-être pour peu de chose, mais enfin on a ce qu’on a. Comme dit la devise municipale natura fortis, industria crescit; traduction libre : la nature se montre généreuse si l’industrie est crèchiste !