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à vau-le-nordet
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Que de méfaits lui reprochent les messieurs chauves et les dames cagneuses. Insinuant, fureteur, on a été jusqu’à dire qu’il est un vent « frivolant » !

Au bassin Louise, il hussarde les goélettes en émoi qui se trémoussent comme des folles. Sous sa touche, un troupeau de moutons envahit la rade, le bateau passeur tangue comme un individu pris de boisson, le fleuve se soulève en un raz-de-marée qui sème la panique chez les rats de quai.

C’est là le nordet quand il se déchaîne, mais ses excès ne sont pas funestes : tant tués que blessés il n’y a personne de mort.

Et puis, il n’est pas toujours en fureur ; ses brutalités apparentes ne sont souvent que frasques, agaceries. Car il ne cède sa place à personne pour lancer les bonnets par-dessus les moulins. Quand on est vêtu de bronze comme la reine Victoria ou Jeanne d’Arc, fort bien, mais il en va autrement chez celles qui s’habillent de tissus légers. Alors, il s’amuse à modeler des plastiques, à dessiner des jambes, à cambrer des hanches, à mouler des bustes, etc. Ce qu’il réussit les académies !

Il y en a qui tempêtent après le nordet, mais j’ai idée qu’ils seraient les premiers à se plaindre s’il était possible qu’il ne soufflât plus.

On lui reproche aussi sa manière uniforme. Il est vrai qu’il siffle toujours le même air, tel le jeune artiste au galoubet dont nous a parlé Daudet.