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à vau-le-nordet
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micile permanent. Il y exerce un monopole absolu et intensif : on l’y rencontre quatre cents jours par année, car il lui arrive de faire des journées doubles. N’empêche qu’il n’y a pas manque de Kébécois qui sont toujours à regarder de quel côté vient le vent !

Le nordet, par brimade sans doute, tente parfois de faire la chattemite et prend des façons câlines de petite brise ; mais ces mièvreries ne durent pas. Le naturel revient au galop, et il se trouve que le nordet est d’un naturel emporté et violent.

Il est des jours et des jours sans décolérer. Il grogne, rage, rugit, hurle, siffle. Il n’y a pas à dire, il fait sensation sur son passage : les drapeaux claquent, les chapeaux volent en l’air, les parapluies se retournent. Dans les cours où s’essore bourgeoisement le blanchissage, les jupes ballonnent comme engrossées, tandis que des caleçons callipyges esquissent des entrechats, voire le grand écart. Puis, mollisse le nordet et toute cette vétusté replète à l’instant afflachi, se décharne : les bedons tombent, les fesses s’affaissent. Image de l’inanité charnelle !

Au rond-de-chêne, c’est le mouvement giratoire perpétuel : tourbillons, sorcières, tornades, maelstroms, etc.

Indiscret, il s’introduit partout et jusque dans la bouche du canon de la Citadelle dont il étouffe la voix.