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à vau-le-nordet
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Me perfectionner en anglais ! Ce que tu es impayable, mon cher vieil oncle ! j’ai trop le respect des cheveux blancs pour dire que tu es rosse. On m’a, dès les premiers jours et sans doute à titre d’épreuve, donné une lettre à rédiger en anglais et j’ai eu toutes les peines du monde à m’en tirer. Oui, tu l’as dit, j’ai vraiment de quoi perfectionner. Que veux-tu, avec une heure d’anglais par semaine, pendant mes années de cours classique, donnée par un professeur qui n’y entendait goutte, il n’est pas étonnant que je ne sois pas un Shakespeare ou un Macaulay.

Et encore, s’il ne me manquait que l’anglais ! Depuis ma sortie de collège, je marche de surprise en surprise. On nous avait tellement répété que nous étions les hommes de demain que j’avais fini par le croire un peu. Est-ce une Lapalissade qu’on nous a collée ? Car la réalité est tôt venue dégonfler ma fatuité en me démontrant qu’il y a loin d’ici à demain.

La vérité vraie, mon oncle, c’est que je constate, à chaque pas, que je suis ignorant comme bécarre, bien que je sois en train de m’affubler d’autant de degrés qu’un thermomètre. Bilan : après huit années de collège (je n’ose dire : études !) classique, j’ai tout à apprendre de choses que je devrais savoir. Pourtant, je ne suis pas plus dépourvu qu’un autre, à preuve que j’ai failli, de quelques points, décrocher le prix du Prince de Galles.