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ESSAI SUR LA LANGUE DE LA FONTAINE

trouve pas, n’ait point été employée par La Fontaine ; on n’a là qu’un choix arbitraire, restreint, si l’on peut appeler choix un recueil dépourvu de méthode et composé sans but déterminé.

Les faits se présentent toujours isolément sans que rien les rattache l’un à l’autre : c’est, dira-t-on, la condition nécessaire de tout vocabulaire, certes ; mais il est facile de remédier, dans une certaine mesure, à ce genre d’inconvénient. Dans son Lexique de la langue de Molière, M. Génin a cherché à y échapper au moyen de nombreux renvois ; on pourrait aussi présenter, dans la Préface d’un semblable travail, l’ensemble des principes littéraires et grammaticaux dont les articles particuliers fourniraient le développement et les preuves. Ici, rien de tout cela n’a été fait ni même tenté. L’avertissement ne contient aucune remarque importante ; on y trouve la preuve de l’absence complète de ces études comparées, si indispensables lorsqu’on veut approfondir la langue d’un grand écrivain. L’auteur n"a pas assez observé l’étroite parenté littéraire des grands génies du siècle de Louis XIV ; il n’a pas remarqué qu’à chaque instant la tournure qui nous surprend chez La Fontaine, se retrouve non seulement chez Molière, mais chez Mme de Sévigné, parfois même chez Bossuet ; il se fie sur parole à la réputation de régularité absolue que certains grammairiens ont faite à la littérature du xviie siècle ; cela l’expose aux plus singulières méprises. Il lui arrive par exemple d’opposer aux vives allures du fabuliste le style compassé de Pascal. L’appréciation a certes de quoi surprendre, et il est vraiment regrettable que M. Lorin n’ait pas même jugé à propos de nous dire si elle s’applique à ces Provinciales, si pleines de hardiesse et d’ironie, ou à ces Pensées si profondes, mais si heurtées, qui sont comme le testament littéraire et philosophique du plus audacieux génie des temps modernes.