Page:Marivaux - Théâtre, vol. I.djvu/304

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

le chevalier reculer de dix pas à la proposition, n’est-il pas vrai ?

Hortensius.

Je cherche sa réponse littérale.

La Marquise.

Ne vous brouillez point, vous avez la mémoire fort nette, ordinairement.

Hortensius.

L’histoire rapporte qu’il s’est d’abord écrié dans sa surprise, et qu’ensuite il a refusé la chose.

La Marquise.

Oh ! pour l’exclamation, il pouvait la retrancher, ce me semble, elle me paraît très imprudente et très impolie. J’en approuve l’esprit ; s’il pensait autrement, je ne le verrais de ma vie ; mais se récrier devant les domestiques, m’exposer à leur raillerie, ah ! c’en est un peu trop ; il n’y a point de situation qui dispense d’être honnête.

Hortensius.

La remarque critique est judicieuse.

La Marquise.

Oh ! je vous assure que je mettrai ordre à cela. Comment donc ! cela m’attaque directement, cela va presque au mépris. Oh ! monsieur le chevalier, aimez votre Angélique tant que vous voudrez ; mais que je n’en souffre pas, s’il vous plaît ! Je ne veux point me marier ; mais je ne veux pas qu’on me refuse.

Hortensius.

Ce que vous dites est sans faute. (À part.) Ceci va bon train pour moi. (À la Marquise.) Mais, madame, que deviendrai-je ? Puis-je rester ici ? N’ai-je rien à craindre ?