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Ne me direz-vous rien ? me disait donc Valville. Aurai-je le chagrin de croire que vous me haïssez ?

Un petit soupir naïf précéda ma réponse, ou plutôt la commença. Non, monsieur, je ne vous hais pas, lui dis-je ; vous ne m’avez pas donné lieu de vous haïr, il s’en faut bien. Eh ! que pensez-vous donc de moi ? reprit-il avec feu. je vous ai dit que je vous aime ; comment regardez-vous mon amour ? êtes-vous fâchée que je vous en parle ?

Que voulez-vous que je réponde à cette question ? lui dis-je. je ne sais pas ce que c’est que l’amour, monsieur ; je pense seulement que vous êtes un fort honnête homme, que je vous ai beaucoup d’obligation, et que je n’oublierai jamais ce que vous avez fait pour moi dans cette occasion-ci.

Vous ne l’oublierez jamais ! s’écria-t-il. Eh ! comment saurai-je que vous voudrez bien vous ressouvenir de moi, si j’ai le malheur de ne vous plus voir, mademoiselle ? Ne m’exposez point à vous perdre pour toujours ; et s’il est vrai que vous n’ayez point d’aversion pour moi, ne m’ôtez pas les moyens de vous parler quelquefois, et d’essayer si ma tendresse ne pourra vous toucher un jour. je ne vous ai vue aujourd’hui que par un coup de hasard ; où vous retrouverai-je, si vous me laissez ignorer qui vous êtes ? je vous chercherais inutilement. J’en conviens, lui dis-je avec une franchise qui alla plus vite que ma pensée, et qui semblait nous plaindre tous deux. Eh bien ! mademoiselle, ajouta-t-il en approchant encore sa bouche de ma main (car nous ne prenions