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BLAISE

Tians, par exemple, prends que je ne sois pas ton homme, et que t’es la femme d’un autre ; je te connais, je vians à toi, et je batifole dans le discours ; je te dis que t’es agriable, que je veux être ton amoureux, que je te conseille de m’aimer, que c’est le plaisir, que c’est la mode : Madame par-ci, Madame par-là ; ou êtes trop belle ; qu’est-ce qu’ou en voulez faire ? prenez avis, vos yeux me tracassent, je vous le dis ; qu’en sera-t-il ? qu’en fera-t-on ? Et pis des petits mots charmants, des pointes d’esprit, de la malice dans l’œil, des singeries de visage, des transportements ; et pis : Madame, il n’y a, morgué, pas moyen de durer ! boutez ordre à ça. Et pis je m’avance, et pis je plante mes yeux sur ta face, je te prends une main, queuquefois deux, je te sarre, je m’agenouille ; que repars-tu à ça ?

CLAUDINE

Ce que je repars, Blaise ? mais vraiment, je te repousse dans l’estomac, d’abord.

BLAISE

Bon.

CLAUDINE

Puis après, je vais à reculons.

BLAISE

Courage.

CLAUDINE

Ensuite je devians rouge, et je te dis pour qui tu me prends ; je t’appelle un impartinant, un vaurian : ne m’attaque jamais, ce fais-je, en te montrant le