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On leur jetait des pierres, on blessa les uns et on en tua d’autres, et un catholique zélé fut assommé à coup de massue au milieu de la ville. La persécution ne finit pas là : ils firent aux fidèles tous les outrages qu’ils purent imaginer ; ils les chassèrent de leurs maisons, et même des solitudes où ils s’étaient réfugiés. Saint Grégoire fut mis en justice comme un meurtrier et mené devant les préfets, qui joignaient leurs mauvais traitements à ceux du peuple, quoique ce fût contre les intentions des empereurs ; mais Jésus-Christ le protégea et le fit sortir glorieux du tribunal.

L’empereur Théodose, étant enfin arrivé de Macédoine à Constantinople le 24 novembre de l’année 380, fit à saint Grégoire un accueil des plus favorables. Le saint lui demanda dans ce premier entretien la permission de se retirer de Constantinople, et l’empereur lui dit : « Dieu se sert de moi pour vous accorder cette Église. La ville le demande avec tant de chaleur, qu’elle ne s’en départirait pas, ce semble, quelque chose qui lui en pût arriver : elle paraît même dans la disposition de me faire violence pour m’y obliger ; mais elle sait qu’il ne m’en faut pas faire une bien grande pour m’y faire consentir. »

L’empereur appela ou fit dire dès le même jour à Démophile, évêque des ariens, s’il voulait accepter la foi de Nicée et réunir tout le peuple dans la même créance ; et sur le refus qu’il en fit, il lui commanda de quitter toutes les Églises, qui furent rendues aux catholiques. Les ariens s’en étaient emparés quarante ans auparavant, lorsque Eusèbe avait usurpé le siége de l’évêque saint Paul, en 339. Le peuple fidèle témoigna sa joie à Theodose par ses acclamations, et crut pouvoir lui demander qu’il leur donnât saint Grégoire pour évêque, protestant que nulle grâce ne leur serait plus sensible. Le saint, saisi de crainte,