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traditionnel dont il admirait plus qu’aucun autre la valeur d’art. Loin d’avoir le charme d’Azyadé et de Rarahu, on sent que l’héroïne de l’idylle japonaise de Loti n’est aux yeux de ce dernier qu’une poupée ridicule qu’il n’a pas cherché à comprendre parce que son pays l’ennuie.

De beaucoup supérieur à Madame Chrysanthème est Japoneries d’automne, où Loti laisse là les Japonais d’aujourd’hui pour évoquer les temples des Kioto la ville sainte, la montagne sacrée de Nikko et les jardins fleuris de chrysanthèmes de l’impératrice Printemps.

C’est ce livre-ci qu’il faut lire avant d’affirmer, comme on l’a fait, que Loti, qui n’a pas compris peut-être les Japonais, n’a su non plus ni voir, ni comprendre le Japon.

De retour d’Orient, Loti utilise les nombreux loisirs que lui laisse le commandement peu actif au Javelot, stationnaire de la Bidassoa, pour évoquer ses souvenirs d’enfance. Nous avons fait au Roman d’un enfant de trop nombreux emprunts pour revenir sur ce livre. Il en est peu qui soient aussi chers à ceux que séduit l’œuvre de Loti, qui s’y trouve presque entière en puissance. Nul n’est mieux parvenu à rendre du reste ces songes imprécis de l’enfance, ces premiers rêves d’amour « avec leur immense mélancolie et leur immense mystère, leur charme triste, laissé ensuite comme un parfum à tout ce qu’ils ont touché ».

En mars 1889, Loti part pour le Maroc. De Tanger, accompagné par le ministre de France,