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Le héros de Mon frère Yves est un simple matelot breton, un Breton sans culture mais que Loti devine proche de lui par son aptitude à rêver. Les joies et les tristesses de cet être instinctif, qui a des caprices et des brutalités d’enfant sauvage, et qui trop souvent se laisse emporter par le vice de sa race, l’ivrognerie, sont notées par un observateur prodigieusement sensible et en même temps ému d’une affectueuse pitié.

Il est curieux que le plus sommaire comme intrigue et comme forme de livres de Loti ait immédiatement précédé le plus achevé de tous. Pêcheur d’Islande. Ajoutons que ce livre, le plus hautement apprécié de tous ceux de Loti, et qui suffirait à lui seul à empêcher son nom de périr, ne fut pas composé sur les lieux mêmes qu’il évoque, puisque Loti ne vit jamais l’Islande. À cela l’auteur objecte, il est vrai, que l’Islande dans le roman n’apparaît que comme une silhouette imprécise et que la Bretagne et la mer sont le vrai sujet de tous les tableaux. Bien que d’une simplicité extrême comme intrigue, on ne peut nier que ce tableau d’ailleurs infiniment mélancolique de la vie des pécheurs bretons ne soit l’un des chefs-d’œuvre de notre littérature et qu’il ne soit composé et écrit avec un art consommé.

C’est en 86 que parut Pêcheur d’Islande.

En 83, Loti à bord de l’Atalante était parti pour les mers de Chine ; il avait fait la campagne du Tonkin, avait assisté à la mort de l’amiral Courbet et son voyage devait nous valoir Propos d’exil,