Page:Marga Andurain - Le Mari passeport, 1947.djvu/153

Cette page a été validée par deux contributeurs.

137
ÉCLAIRCIES

sir de causer en français me fait oublier le danger de parler trop librement.

Le ministre de Perse ne cesse de me répéter que je dois être plus prudente dans mes paroles. Comme je lui réponds que peu m’importe, il me réplique sans détours :

— Si vous n’avez pas peur pour vous, vous pourriez au moins vous inquiéter de ceux qui vous entourent.

Il craint que je ne compromette Ali Allmari. Évidemment, il croit à la présence d’espions partout.

Après le déjeuner, tout le monde se met à jouer au bridge et au poker. J’en profite pour me promener sur le pont. La mer est bleue, d’un bleu inconnu dans nos pays… La surface de l’eau est si calme que l’on s’étonnerait à peine si l’on voyait les gens y marcher.

Un gramophone joue des fox-trot, probablement les derniers succès de Paris. Ce contact de civilisation m’est agréable et je danse un peu. J’ai l’impression d’être à un bal costumé, sur quelque yacht de la Riviera, surtout à cause de mon étonnant costume, qui n’est ni tout à fait arabe, ni hindou, ni évidemment parisien. Mais je vois arriver à bord des Arabes à mine de conspirateurs. Ils semblent venir pour une visite de courtoisie.

Mon danseur me chuchote alors :

— Ce sont des espions. Les bateaux en rade, contre l’habitude internationale, ne sont pas reconnus comme territoire étranger. Le roi peut, selon son gré, exercer une surveillance et il faut son autorisation pour mouiller ou appareiller.

Lotfi, désemparé parmi ces Européens, à la fois sévères et amicaux, séduisants et dédaigneux, voudrait bien partir. J’ai de la peine à lui faire admettre