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Sur une analyse de son caractère(1).

Quant à moi, je puis t’affirmer que tu te trompes absolument quand tu dis que je ne veux pas et n’aime pas. Jamais peut-être, plus que chez moi, n’ont existé les trois caractères : celui qu’on a, qu’on croit avoir et qu’on veut avoir. — Je suis au fond extraordinairement sensible, au point que les livres me font souvent pleurer, ou que je ne refuserais jamais un service nécessaire, quelque pénible que cela puisse m’être — d’une susceptibilité tellement douloureuse qu’un mot me choque et me frappe. — Mais tout cela est recouvert par le caractère que j’ai voulu avoir, sitôt que j’ai vu combien l’autre me rendait malheureux et ridicule. — Avec le flegme extérieur et le masque railleur, le ridicule “du moins celui qui provenait de cette cause” a disparu — le reste n’a pas changé. — Chez moi le caractère le plus dominant est une maladie de la volonté qui me porte à ne pas pouvoir résister à certains entraînements, et surtout à persister dans des décisions une fois prises, même quand leurs motifs ont cessé d’exister (2).