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à la sensualité, à l’orgueil, ni à son imagination (ii, x, xxxiii, xxxiv) ; ces derniers ennemis, on les combat avec avantage en temporisant, en leur donnant le temps de se calmer et de s’affaiblir (xx, xxxiv).

D’autres applications sont moins heureuses. Ainsi, parmi les biens extérieurs, Épictète semble ranger non seulement les honneurs, non seulement l’estime des autres hommes, mais même les affections de la famille (iii, vii, xv). Il veut aussi que pour jouir en paix et en toute liberté des biens qui dépendent de lui, l’homme soit indifférent à la conduite des autres et accepte tous les événements comme ils arrivent (viii, ix, xii, xiv).

Viennent ensuite des conseils pratiques sur la nécessité d’être conséquent avec soi-même, de ne pas changer tous les jours de conduite et de projets (xxix), sur la manière de reconnaître et d’observer ses devoirs envers les hommes et les dieux (xxx, xxxi, xxxii, xxxiii).

Plusieurs fragments sont consacrés à établir la supériorité de la morale pratique sur la morale théorique (xlix, lii). L’idée de la Destinée et de l’obéissance absolue qui lui serait due termine le Manuel.

Toutes ces maximes s’adressent à un jeune disciple qui débute dans la philosophie. Épictète ne lui demande pas d’atteindre immédiatement la perfection, mais il lui demande d’y aspirer (i, ii, xxix, xxxiii, li).

La maxime fondamentale du Manuel est qu’il faut aimer et rechercher uniquement ce qui dépend de nous : de là des préceptes aussi beaux que sages sur l’indépendance de la vie, sur le mépris des plaisirs sensibles, sur la prudence avec laquelle on ne doit commencer une entreprise que lorsqu’on se sent capable de la mener à bien. Malheureusement, Épictète range parmi les biens extérieurs, dont il faut se détacher le plus possible, les jouissances de la famille et la direction morale de ceux-là mêmes qui nous touchent de près. Il veut que le sage soit indifférent à tous les triomphes et à toutes les défaites, non moins qu’au bonheur et même à la vertu des autres. Après avoir proposé pour but de la vie morale la possession de la liberté, il met toute la liberté dans l’acquiescement absolu à la nécessité. Sa morale peut se résumer dans la maxime fataliste de son école : « Supporte et abstiens-toi. » Henri Joly.