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Page:Mallarmé-Whistler - Le Ten O’Clock RI.djvu/21

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L’Art, coquine cruelle, n’en a souci, et s’endurcit le cœur, et fuit à l’Orient, trouver, chez les mangeurs d’opium de Nankin, un favori près de qui avec passion aimé, elle s’attarde, caressant sa porcelaine bleue, peignant la modestie de ses vierges, et marquant ses assiettes des six marques de choix — indifférente, dans sa camaraderie avec lui, à tout excepté sa vertu d’affinement.

Tel celui qui l’invite, celui qui la retient.

La revoici dans l’Ouest, pour que son autre amant enfante la galerie à Madrid, et apprenne au monde comme quoi le Maître domine par-dessus tout ; et dans leur intimité, ils jubilent, elle et lui, de ce savoir ; lui connaît le bonheur goûté par nul mortel.

Elle est fière de son compagnon, et promet que dans les ans futurs d’autres iront par ce chemin et comprendront.

Ainsi de tout temps cette superbe personne se tourne-t-elle vers l’homme digne de son amour, et l’Art recherche l’artiste seul.

Où il est, elle apparaît, et demeure avec lui, fertile et aimante, ne l’abandonnant pas aux moments d’espoir différé — ou d’insulte — ou de vil malentendu ; et quand il meurt, tristement elle prend son vol, tout en s’arrêtant encore à la contrée, par un reste de chère association, mais refusant qu’on la console [1].

Avec l’homme donc, et pas avec la multitude, sont ses privautés ; et, au livre de sa vie, rares, les noms inscrits —

  1. Et c’est ainsi que l’on a l’influence éphémère de la mémoire du Maître — l’éclat dernier, qui réchauffe pour un temps l’ouvrier et le disciple.