Ouvrir le menu principal

Page:Mallarmé-Whistler - Le Ten O’Clock RI.djvu/15

Cette page a été validée par deux contributeurs.






Ainsi s’est follement confondu l’Art avec l’éducation — pour que tout le monde fût sur le même pied.

Or, si le poli, l’affinement, la culture, et les manières, ne sont en rien des arguments en faveur d’un résultat artistique, on ne peut d’autres parts reprocher à l’érudit le plus accompli ou au plus parfait homme du monde le fait d’être absolument sans yeux pour la peinture, sans oreille pour la musique — de préférer dans son cœur l’estampe populaire imprimée, à l’égratignure de la pointe d’un Rembrandt, ou les chants des salles publiques à la symphonie « en ut mineur » de Beethoven.

Qu’il ait seulement l’esprit de te dire, et de n’en pas juger l’aveu comme une preuve d’infériorité.

L’Art a lieu par hasard — aucun bouge n’en est à l’abri, aucun prince ne peut compter dessus, la plus vaste intelligence ne le peut produire, et le chétif effort à le rendre universel tourne en farce ou préciosité.

Il en est de cela comme il doit être et toutes les tentatives pour faire autrement sont dues à l’éloquence des ignorants, et au zèle des infatués.

La délimitation est claire — loin de moi le dessein d’y lancer un pont — pour installer les gens que cela assomme. Non, je leur voudrais épargner une nouvelle fatigue, je voudrais venir à leur secours et soulever de leurs épaules cet incube de l’Art.

Pourquoi, après des siècles de liberté et d’indifférence, leur serait-il maintenant sur le dos jeté par les aveugles —