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Page:Mallarmé-Whistler - Le Ten O’Clock RI.djvu/10

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Il ne se borne pas à copier oiseusement, et sans pensée, chaque brin d’herbe, comme l’en avisent des inconséquents ; mais, dans la courbe longue d’une feuille étroite, corrigée par le jet élancé de sa tige, il apprend comment la grâce se marie à la dignité, comment la douceur se rehausse de force, pour que résulte l’élégance.

Avec l’aile couleur citron du papillon pâle, ses fines taches couleur orange, il voit devant lui les pompeux palais d’or clair, non sans leurs fluets piliers safrannés ; et il lui est enseigné comment de délicats dessins haut sur les murs se traceront en tons tendres d’orpin, et se répéteront à la base par des notes de teinte plus grave.

Il trouve dans ce qui est subtil et gracieux des insinuations pour ses propres combinaisons, et c’est ainsi que la nature demeure sa ressource et est toujours à son service ; à lui, rien de refusé.

À travers son cerveau comme à travers l’alambic, se distille l’essence très pure de cette pensée qui commença aux dieux, et qu’ils lui laissent à effectuer.

Mis par eux à part pour compléter leur ouvrage, il produit cette chose merveilleuse appelée le chef-d’œuvre qui dépasse en perfection tout ce qu’ils ont essayé en ce qu’on appelle nature ; et les dieux regardent faire et s’étonnent et perçoivent combien de tout un monde est plus belle la Vénus de Milo que ne n’était leur Ève à eux.