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Page:Mallarmé-Tennyson - Mariana MF.djvu/3

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Elle dit uniquement : « La nuit est morne, il ne vient pas »‚ dit-elle ; elle dit : « Je suis lasse, lasse, je voudrais être morte ! »


Tout le jour dans la maison de rève, les portes craquèrent sur leur gonds ; la mouche bleue chanta sur la vitre ; la souris, derrière la boiserie, allant en poussière, criait ou, de la crevasse regardait. De vieilles faces luisaient par les portes, de vieux pas foulaient les étages supérieurs : de vieilles voix l’appelaient, elle, de dehors. Elle dit uniquement : « Ma vie est morne, il ne vient pas », dit-elle ; elle dit : « Je suis lasse, lasse, je voudrais être morte ! »


Le moineau pépiait sur le toit, le lent tic-tac de l’horloge et le bruit qu’au vent faisait le peuplier confondaient tous ses sens ; mais, le plus ! elle maudit l’heure où le rayon du soleil gisait au travers des chambres, quand le jour pencha vers le bosquet occidental. Alors elle dit : « Je suis très morne, il ne viendra pas »‚ dit-elle, elle pleura : « Je suis lasse, lasse, oh ! Dieu ! »

Stéphane Mallarmé.

(Traduit de l’anglais, de Tennyson).