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Il faut aller tout nus où le destin commande ;
Et de toutes douleurs la douleur la plus grande,
C’est qu’il faut laisser nos amours :

Amours qui, la plupart infidèles et feintes,
Font gloire de manquer à nos cendres éteintes,
Et qui, plus que l’honneur estimant les plaisirs,
Sous le masque trompeur de leurs visages blêmes,
( Acte digne du foudre ! ) en nos obsèques mêmes
Conçoivent de nouveaux désirs.

Elles savent assez alléguer Artémise,
Disputer du devoir et de la foi promise ;
Mais tout ce beau langage est de si peu d’effet,
Qu’à peine en leur grand nombre une seule se treuve
De qui la foi survive, et qui fasse la preuve
Que ta Carinice te fait.

Depuis que tu n’es plus, la campagne déserte
A dessous deux hivers perdu sa robe verte,
Et deux fois le printemps l’a repeinte de fleurs,
Sans que d’aucun discours sa douleur se console,
Et que ni la raison ni le temps qui s’envole
Puisse faire tarir ses pleurs.

Le silence des nuits, l’horreur des cimetières,
De son contentement sont les seules matières ;
Tout ce qui plaît déplaît à son triste penser ;