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STANCES.


Vous aurez un mary sans estre guère aimée,
Ayant de ses desirs amorty le flambeau ;
Et de cette prison, de cent chaisnes fermée,
Vous n’en sortirez point que par l’huis du tombeau.

Tant de perfections qui vous rendent superbe,
Les restes d’un mary, sentiront le reclus ;
Et vos jeunes beautez flétriront comme l’herbe
Que l’on a trop foulée et qui ne fleurit plus.

Vous aurez des enfants, des douleurs incroyables,
Qui seront prés de vous et crieront à l’entour ;
Lors fuiront de vos yeux les soleils agreables,
Y laissant pour jamais des estoilles autour.

Si je passe en ce temps dedans vostre province,
Vous voyant sans beautez et moy rempli d’honneur
(Car peut-estre qu’alors les bienfaits d’un grand prince
Marieront ma fortune avecques le bonheur),

Ayant un souvenir de ma peine fidelle,
Mais n’ayant point à l’heure autant que j’ay d’ennuis,
Je diray : « Autrefois cette femme fut belle,
Et je fus autrefois plus sot que je ne suis. »