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liv. ier.
AGRICULTURE : CLIMAT.

excède la force de leur direction. On peut appliquer cet exemple à toutes les contrées du royaume, et cela fera concevoir pourquoi un canton est pluvieux plus qu’un autre ; pourquoi tel ou tel terroir est, pour ainsi dire, chaque année abimé par la grêle, tandis que le terroir limitrophe en est exempt.

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C’est surtout dans les régions froides que l’effet des abris artificiels est le plus efficace : sir J. Sinclair (Code of Agric.) assure que, dans les seules îles Hébrides, on a, par des clôtures bien entendues, augmenté infiniment le rapport de 800,000 acres de terre. Les Anglais ont depuis long-temps senti les avantages de garantir les terres des vents du nord et de l’est par la plantation de petits bois ou de haies, parce que le froid ralentit la végétation et nuit à la fertilité : de même que le bétail se tient plus volontiers sur le côté méridional des haies et des bosquets, ainsi les plantes poussent mieux à cette exposition. Les vents arrivant au sol sous un angle très-aigu, on peut admettre qu’un bouquet de bois (fig. 17) garantit les terres adjacentes à une distance décuple de sa hauteur, ou même davantage, s’il est sur une éminence ; si l’on y ajoute des haies vives de manière à enceindre tout le champ, l’abri sera bien plus efficace, parce qu’il conservera mieux le calorique accumulé à la partie méridionale du bosquet. Non seulement ces haies augmentent la température, mais encore elles empêchent le dessèchement du sol et l’évaporation des gaz fécondans. — C’est d’après ces considérations que M. Nebbien (Einrichtungskunst der Landgüter) conseille de diviser chaque domaine (fig. 18) en une certaine quantité d’enclos dont les angles seront arrondis ; il les enceint chacun d’une lisière d’arbres plantés très-serrés, et de 20 à 50 pieds d’élévation, qui, tout en abritant le sol, produisent du bois que l’on ne doit cependant exploiter que partiellement pour ne pas dégarnir les terrains enfermés. Entre ces pièces, il laisse une bande de 96 pieds de largeur environ, qui sert de pâturage et d’abri au bétail, et qu’on laboure et ensemence de temps en temps. Dans l’intérieur de ces clos on plante des rangées d’arbres fruitiers, que l’élévation de la température fait prospérer parfaitement. Les beaux produits qu’on obtient par une culture analogue dans le riche pays de Waes en Belgique, et dans la fameuse vallée d’Auge dans la Normandie, démontrent les avantages de ce système.

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Dans les situations basses et plates, on doit, au contraire, écarter tout ce qui gênerait la libre circulation de l’air, en agrandissant les enclos, diminuant la hauteur des haies, et élaguant judicieusement les arbres ; car lorsqu’un canton est couvert de bois, il est plus humide. On peut donc améliorer le climat d’un pays qui est dans ces conditions, en abattant une partie de ses bois. L’accumulation des terres marécageuses et de tourbes inertes et spongieuses rend aussi le climat plus froid ; les desséchemens ont donc le double avantage de livrer à la culture des terrains presque sans valeur, et de rendre plus favorables les influences atmosphériques. C. B. de M.

Section vi.Moyens de juger du climat par les végétaux.

Nous avons vu combien est grande l’influence du climat sur les diverses cultures, et par conséquent de quelle importance il est pour le cultivateur de la connaître. À cet égard, il est difficile de suppléer aux notions que fournit une longue observation et une habitation prolongée dans un canton. Le propriétaire qui achète un domaine dans un pays nouveau pour lui, le fermier qui va y prendre une exploitation, ne sauraient donc se dispenser de consulter, sur cet important sujet, les habitudes et les pratiques des habitans du lieu, tout en les éclairant de leurs propres lumières. Ils peuvent aussi puiser quelques renseignemens dans l’étude des plantes qui croissent naturellement sur le sol, et qui, influencées aussi bien que les végétaux cultivés par le climat, peuvent le leur indiquer jusqu’à un certain point.

Nous n’essaierons pas de donner les caractères généraux de la végétation des tropiques, ni de celle des régions septentrionales, ce qui serait sans application pour le cultivateur français ; nous citerons seulement ce qui peut