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THÉODORE LECLERCQ.

ingénieuses, des traits d’un naturel exquis, et une variété étonnante de caractères esquissés avec tant d’art, que dans quelques scènes on connaît chaque personnage comme si on l’avait pratiqué pendant des années. Moraliste indulgent et critique enjoué, M. Leclercq nous a représenté, dans une suite de tableaux de genre, les vices, les travers, les ridicules de tous les temps, mais avec les traits distinctifs de notre époque. Qui n’a connu M. Partout, M. Parlavide, et tant d’autres types excellents qu’on ne pourrait citer sans copier les noms de tous les personnages des huit volumes des Proverbes dramatiques ? — Un certain nombre de pièces sont des satires politiques écrites avec une verve hardie et qui peignent la situation des esprits dans les dernières années de la Restauration, car M. Leclercq, bien qu’il eût peu de goût pour la politique, ne pouvait demeurer indifférent aux grands débats qui agitaient la société de son temps. Je crains qu’il ne faille joindre un commentaire aux nouvelles éditions de cette partie de ses œuvres. Tout change et tout s’oublie si vite dans notre pays, que les grandes passions du public sous le ministère de M. de Villèle ou de M. de Polignac ne seront bientôt guère mieux connues que celle de la Ligue ou de la Fronde.