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NOTE SUR LA PROPRIÉTÉ

tement, et sans élévation très sensible de température, la combinaison des deux gaz. Le platine réduit en poudre très-fine par un procédé chimique bien connu n’a point d’action, même lente, à la température ordinaire : même résultat avec des fils ou des lames. Le rapprochement de ces observations pouvait faire naître l’idée que la porosité du métal était une condition essentielle du phénomène ; mais les faits suivans détruisent cette conjecture.

Nous avons fait réduire du platine en feuilles aussi minces que le comporte la malléabilité de ce métal. Dans cet état, le platine agit, à la température ordinaire, sur le mélange d’hydrogène et d’oxigène, avec d’autant plus de rapidité que la feuille est plus mince. Nous en avons obtenu qui déterminaient la détonation après quelques instans. Mais ce qui rend cette action plus extraordinaire encore, c’est la condition physique indispensable pour la développer. Une feuille de platine très-mince, enroulée sur un cylindre de verre ou suspendue librement dans un mélange détonant, n’a produit aucun effet sensible, au bout de plusieurs jours. La même feuille, chiffonnée comme une bourre de fusil, agit instantanément et fait détoner le mélange. Les feuilles disposées comme nous venons de le dire, et qui sont alors sans effet à la température ordinaire, les fils, la poudre et les lames épaisses de platine, dont l’action est toujours nulle dans la même circonstance, agissent lentement et sans produire d’explosion à une température de 2 à 300° suivant leur épaisseur.

Nous avons reconnu que d’autres métaux jouissent de la même propriété que le platine. Le fait très-remarquable que M. Davy a eu occasion de découvrir dans le cours de ses recherches sur la lampe de sûreté, savoir, que les fils de platine et de palladium portés au rouge obscur deviennent incandescens lorsqu’on les plonge dans un mélange détonant, nous ayant paru se rattacher à la même cause que le phéno-