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les farfadets

Insoucieux de la pluie qui tombe ou des chaleurs torrides, il bat le pays de mont en plaine, de val en forêt.

Passant devant les grottes obscures hantées par les ennemis de sa race, compère Lebos trace dans l’air un signe cabalistique pour conjurer leur maligne influence.

Puis il s’étend sur l’herbe drue, et, tout en faisant mine de dormir, il prête l’oreille aux bruits à peine perceptibles que l’on entend au ras de terre.



Parfois il croit ouïr au loin des clameurs confuses. Alors il se redresse, il agite son pen-bas qui siffle en tournoyant. — Et, d’un cri strident, il acclame la venue de ceux qu’il attend depuis maintes et maintes années.

« Mais non, vieux fou, tu t’es trompé. C’est un vol d’abeilles qui passe. »

Infatigablement il interroge les rides du lac : peut-être ceux dont il espère l’arrivée vont-ils apparaître debout sur les larges feuilles des nénuphars flottants, pour aborder la terre aimée et pour la délivrer ?… Le Bos croit voir le long des rives des myriades de casques ondoyer au soleil.

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« Eh non ! Vieux fou ! Ce sont des boutons d’or qui se penchent par touffes pour se mirer dans l’eau. »

S’ils ne viennent ni par terre ni par mer, sans doute advoleront-ils par le chemin des aigles ?

Et le Bos, se faisant un abat-jour de sa main osseuse, interroge les flocons de brume que chassent les vents alizés. Un sourire d’espérance se creuse sur son visage.

Il n’a donc pas en vain gardé dans sa dure cervelle l’image vénérée des elfes et des fées ! Voici donc arrivé le jour de la délivrance où