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les farfadets
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Et le roi des Korrigans larmoya bien fort sur sa mie, car il l’avait obtenue du ciel pour une chanson. Puis il cria d’une voix claire, et ses fidèles vinrent se ranger autour de lui.

— Hurrah ! Les génies de la terre d’Armor sont des braves !

Bien promptement, ils se sont coiffés des campanules bleues. Pour javelines ils ont coupé les ajoncs pointus qui croissaient autour de l’étang. La marguerite au cœur d’or leur sert de bouclier. Les agiles grillons tout enfiévrés de colère sont leurs montures et sonnent la charge.

— Hurrah ! Les génies de la terre d’Armor sont des braves !

Et les vers luisants éperdus, éclairent le combat.

Le roi Korrigan, ayant revêtu sa cotte de genévrier balsamique hérissée de pointes, s’élança au-devant des envahisseurs, sans regarder s’il était ou non suivi des siens.

Alors commença l’ardente mêlée. Il semblait que la nature entière prît part à cette lutte. Les abeilles, réveillées par le bruit, se ruèrent sur l’ennemi.

Les fourmis marchèrent en noirs bataillons. Des larves sortirent de terre, et des escarbots trottèrent lourdement vers le front de bandière pour donner leur coup de pince.

On vit de rouges limaces se traîner sur le ventre parmi les rangs, répandant une bave visqueuse où glissaient les combattants que l’on achevait à terre, sans merci.

La petite étoile rose nommée Digitale devint pourpre, cette nuit-là. Et le