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le pâtre doubla le pas.
plantin, embusqués derrière chaque caillou.

Le sol de la forêt sacrée en était couvert, et l’on sentait grouiller l’ombre des marécages.

Ils avaient bardé leur ventre de triples feuilles de lierre. Ils s’étaient casqués avec l’écorce hérissée des châtaignes. Le dur gland de chêne à pointe aiguë servait de projectile à leur fronde.

L’épine des églantiers, qui se recourbe comme un kriss malais, était leur poignard. En guise de lance, ils brandissaient la longue et vénéneuse épine noire qui rampe dans les ruines.

En attendant la nuit prochaine, propice aux mauvais coups, ils pressaient le jus des mûres dans le rose calice de la mauve sauvage et buvaient la tête renversée, riant de l’une à l’autre oreille.

Mais déjà le globe écarlate du soleil avait à demi disparu derrière les fougères dentelées. Les bruyères et les marjolaines reçurent son tiède baiser d’adieu.

Puis, une à une, les étoiles clairettes se mirent à contempler la terre.

Le pâtre doubla le pas, n’osant regarder en arrière. Il entendait la voix des oiseaux qui s’enfuyaient à tire d’aile, loin des voûtes enténébrées de la forêt.

« Malheur ! malheur ! » glapissait la mésange.

« Hélas ! hélas ! » clamait le grillon.