Page:Louÿs - Les Chansons de Bilitis, 1898.djvu/232

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Certes je ne chanterai pas les amantes célèbres. Si elles ne sont plus, pourquoi en parler ? Ne suis-je pas semblable à elles ? N’ai-je pas trop de songer à moi-même ?

Je t’oublierai, Pasiphaë, bien que ta passion fût extrême. Je ne te louerai pas, Syrinx ni toi, Byblis, ni toi, par la déesse entre toutes choisie, Hélênê aux bras blancs !

Si quelqu’un souffrit, je ne le sens qu’à peine. Si quelqu’un aima, j’aime davantage. Je chante ma chair et ma vie, et non pas l’ombre stérile des amoureuses enterrées.

Reste couché, ô mon corps, selon ta mission voluptueuse ! Savoure la jouissance quotidienne et les passions sans lendemain. Ne laisse pas une joie inconnue aux regrets du jour de ta mort.