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Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 2.djvu/166

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LA COLOMBE


Depuis longtemps déjà je suis belle ; le jour vient où je ne serai plus femme. Et alors je connaîtrai les souvenirs déchirants, les brûlantes envies solitaires et les larmes dans les mains.


Si la vie est un long songe, à quoi bon lui résister ? Maintenant, quatre et cinq fois la nuit je demande la jouissance amoureuse, et quand mes flancs sont épuisés je m’endors où mon corps retombe.


Au matin, j’ouvre les paupières et je frissonne dans mes cheveux. Une colombe est sur ma fenêtre ; je lui demande en quel mois nous sommes. Elle me dit : « C’est le mois où les femmes sont en amour. »


Ah ! quel que soit le mois, la colombe dit vrai, Kypris ! Et je jette mes deux bras autour de mon amant, et avec de grands tremblements j’étire jusqu’au pied du lit mes jambes encore engourdies.