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Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 2.djvu/142

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À UN MARI HEUREUX


Je t’envie, Agorakritès, d’avoir une femme aussi zélée. C’est elle-même qui soigne l’étable, et le matin, au lieu de faire l’amour elle donne à boire aux bestiaux.


Tu t’en réjouis. Que d’autres, dis-tu, ne songent qu’aux voluptés basses, veillent la nuit, dorment le jour et demandent encore à l’adultère une satiété criminelle.


Oui ; ta femme travaille à l’étable. On dit même qu’elle a mille tendresses pour le plus jeune de tes ânes. Ah ! Ha ! c’est un bel animal ! Il a une touffe noire sur les yeux.


On dit qu’elle joue entre ses pattes, sous son ventre gris et doux… Mais ceux qui disent cela sont des médisants. Si ton âne lui plaît, Agorakritès, c’est que son regard sans doute lui rappelle le tien.