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L’AMAZONE À ÉPHÈSE



britomartis

Ô du Thermodon noir gardiennes furieuses !
Vous qui, laissant aux Rots le salut des nefs
Vous qui, laissant aux Rots le salut [creuses,
Dédaignant la cnémide et le bouclier long,
Tuâtes dans les bois sacrés à l’Apollon
La horde du Centaure au vol des flèches sûres,
Pour venir jusqu’ici, sans laver vos blessures
Aux bornes de l’Asie arrêter vos travaux,
Et, refoulant la mer du poitrail des chevaux,
Près du vert Colophon bâtir la blanche Ephèse ;
Vous ignorez la crainte encore, et ce que pèse
Sur une tête en pleurs le lourd voile de deuil,
Vous ignorez les cris poussés vers le cercueil
Et les fleurs sur la morte et les mains étirées
Et des ongles aigus les tempes déchirées.
À l’âge des yeux clos et des membres tremblants
Jamais vos cheveux noirs ne seront cheveux blancs,
Le javelot trop vite et trop sûrement tue ;
Et quand l’une de vous, par le fer abattue,
Tombe, et vomit le sang glorieux des héros,
Ni l’horrible nuit des monuments sépulcraux,