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LE ROMAN D’UN ENFANT

il éclairait une sorte de niche qui était creusée dans la pierre et où j’avais posé une amphore d’Athènes. Eh bien, jamais je n’ai pu voir descendre ce rayon sans repenser à l’autre, celui de ce dimanche d’autrefois, et sans éprouver la même, précisément la même impression triste, à peine atténuée par le temps et toujours aussi pleine de mystère. Puis, quand le moment vint où il me fallut quitter la Turquie, quitter ce petit logis dangereux de Stamboul que j’avais adoré, à tous les déchirements du départ se mêla par instants cet étrange regret : jamais plus je ne reverrai le soleil oblique de l’escalier descendre sur la niche du mur et sur l’amphore grecque…

Évidemment, dans les dessous de tout cela il doit y avoir, sinon des ressouvenirs de préexistences personnelles, au moins des reflets incohérents de pensées d’ancêtres, toutes choses que je suis incapable de dégager mieux de leur nuit et de leur poussière… D’ailleurs je ne sais plus, je ne vois plus ; me voici de nouveau entré dans le domaine du rêve qui s’efface, de la fumée qui fuit, de l’insaisissable rien…

Et tout ce chapitre, presque inintelligible, n’a d’autre excuse que d’avoir été écrit avec un grand effort de sincérité, d’être absolument vrai.