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LE ROMAN D’UN ENFANT

résignée, après la prière ; mais un changement que je n’avais pas prévu se fit tout à coup dans ses traits ; malgré elle, les larmes venaient ; et je n’avais jamais vu pleurer ma mère, et cela me fit une peine affreuse.

Pendant les premiers jours qui suivirent, je conservai le sentiment triste du vide qu’il avait laissé ; j’allais de temps en temps regarder sa chambre, et quant aux différentes petites choses qu’il m’avait données ou confiées, elles étaient devenues tout à fait sacrées pour moi.

Sur une mappemonde, je m’étais fait expliquer sa traversée qui devait durer environ cinq mois. Quant à son retour, il ne m’apparaissait qu’au fond d’un inimaginable et irréel avenir ; et ce qui me gâtait très étrangement cette perspective de le revoir, c’était de me dire que j’aurais douze ou treize ans, que je serais presque un grand garçon quand il reviendrait.

À l’encontre de tous les autres enfants, — de ceux d’aujourd’hui surtout, — si pressés de devenir des espèces de petits hommes, j’avais déjà cette terreur de grandir, qui s’est encore accentuée, un peu plus tard ; je le disais même, je l’écrivais, et quand on me demandait pourquoi, je répondais, ne sachant pas démêler cela mieux : « Il me semble que je m’ennuierai tant, quand je serai grand ! » Je crois