Page:Lorin - L'air et la vitesse, 1919.djvu/61

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
53
L'Air et la Vitesse


établis par le canon et par l’obus. Un avion partant du front français peut aller survoler Berlin, revenir au point de départ et, même, emporter une certaine surcharge. Pourquoi un appareil non monté, réduit au minimum de poids mort [1], ne pourrait-il emporter, avec une grosse charge d’explosif, le combustible nécessaire à faire seulement le voyage d’aller, dans des conditions de traction probablement plus économiques ? (vitesse beaucoup plus grande, donc durée de fonctionnement bien moindre — coefficient de traction très faible, du fait de la forme de bon projectile beaucoup mieux réalisée que dans l’avion d’aujourd’hui).

Supposons qu’une torpille de 500 kilog. puisse emporter 200 kilog. d’explosif. Cette torpille, lancée pneumatiquement ou par une faible charge de poudre [2] et réglée à peu près en direction, aurait un régulateur barométrique la maintenant à hauteur déterminée, un sillage visible obtenu facilement en rendant le flux de propulsion fumigène permettrait d’en suivre la trajectoire ; et une série d’avions, espacés sur sa route, la dominant, rectifieraient télé-mécaniquement sa marche. Des torpilles en grand nombre pourraient ainsi être passées d’une zone dans la suivante et l’explosif serait amené à desti-

  1. Combien les appareils de lancement seraient plus légers plus maniables que les lourds canons à grande puissance.
  2. Une des objections que l’on oppose aux torpilles aériennes est la dispersion très grande de ces engins. Il est certain que du fait de leur vitesse certainement plus faible que celle des obus, la dispersion serait très grande, la dérive dans le vent, en particulier, serait très importante et il paraît nécessaire de prévoir une rectification de la trajectoire. Nos spécialistes de la radio doivent pouvoir solutionner cette question. La vitesse modérée est un inconvénient au point de vue de la dispersion, mais c’est un avantage au point de vue de l’énergie nécessaire à la translation. Pour le kanon, on a été étonné que la résistance de l’air ait permis de réaliser ses prouesses ; on a émis l’explication suivante : le projectile, tirant sous un angle supérieur à l’angle théorique de portée maxima, va chercher rapidement les couches moins denses. Il est probable qu’en effet, cette considération a son importance, mais il est très difficile de lui assigner une influence précise. Cette influence est d’ailleurs combattue par l’allongement de la trajectoire.