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LE CHIEN DU JARDINIER.


Entre THÉODORE.
Théodore.

Madame, Fabio m’a appelé de votre part.

La Comtesse.

Il y a déjà un siècle que je vous attends.

Théodore.

Pardonnez-moi ce retard ; il est involontaire. Aussitôt qu’on m’a eu dit vos ordres, je suis accouru.

La Comtesse.

C’est bien. — Vous avez vu ces deux seigneurs qui me rendent des soins ?

Théodore.

Oui, madame.

La Comtesse.

Ils sont tous deux fort bien, n’est-ce pas ?

Théodore.

Oui, madame.

La Comtesse.

J’ai voulu vous consulter avant de me décider. Auquel des deux pensez-vous que je doive accorder ma main ?

Théodore.

Mon Dieu ! madame, quel conseil pourrais-je vous donner en une chose qui ne dépend que de votre goût ? — Le meilleur choix, à mon avis, est celui que vous ferez.

La Comtesse.

Vous reconnaissez bien mal, Théodore, l’honneur que je vous fais en vous consultant dans une semblable circonstance.

Théodore.

Mais, madame, n’avez-vous pas dans votre maison des gens dont l’avis serait meilleur à prendre que le mien ? Par exemple, Octavio, votre écuyer, par son âge, ses lumières, son expérience…

La Comtesse.

Je veux que le maître que je vous donnerai vous convienne et vous plaise. — Dites-moi, le marquis ne vous semble-t-il pas préférable à mon cousin ?

Théodore.

Oui, madame.

La Comtesse.

Eh bien, c’est le marquis que je choisis. Allez au plus tôt lui en porter la nouvelle[1].

Elle sort accompagnée d’Anarda.
  1. Littéralement : « Allez lui demander l’étrenne de cette nouvelle. » L’usage était de faire des cadeaux aux porteurs d’une bonne nouvelle. Ces présents s’appelaient albricias. De là le mot albricias, changé en interjection a fini par signifier ces nouvelles elles-mêmes.