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Excursion au Mont-Salève
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Te souviens-tu du jour, où gravissant la cime
Du Salève aux flancs azurés,
Dans un étroit sentier qui pend sur un abîme,
Nous posions en tremblant nos pas mal assurés ?
Tu marchais devant moi. Balancés par l’orage.
Les rameaux ondoyants du mélèze et du pin,
S’écartant à regret pour l’ouvrir un passage,
Secouaient sur ton front les larmes du malin ;
Un torrent sous les pieds, s’écroulant en poussière,
Traçait sur les rochers de verdâtres sillons
Et de sa blanche écume où jouait la lumière
Élevait jusqu’à nous les flottants tourbillons.
Un nuage grondait encore
Sur les confins des airs, à l’occident obscur.
Tandis qu’à l’orient le souffle de l’aurore
Découvrait la moitié d’un ciel limpide et pur.
Et dorait de ses feux le voile qui colore
Des vagues du Léman l’éblouissant azur !
Tout à coup, sur un roc dont tu foulais la cime
Tu t’arrêtas : les yeux s’abaissèrent sur moi :
Tu me montrais du doigt les flots, les monts, l’abîme,
La nature et le ciel…

Lamartine