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LE CHEMIN DE BUENOS-AIRES

Et puis je l’avais prise.

— Elle n’a pas vingt et un ans ?

— Dix-neuf ! je crois, mais j’ai paré le coup. Je l’emmène avec les papiers de sa sœur. Tenez, voilà une chose pour vous. Savez-vous ce qu’elle fait, sa sœur ? Elle est religieuse.

— Fumiste !

— Elle est sœur Saint-Vincent-de-Paul à l’hôpital civil de X… Je ne pourrai peut-être pas vous servir une histoire pareille tous les jours, mais pour celle-là ! parole d’homme !

Cette servante de l’amour partant faire son métier avec l’état civil de la servante de Dieu, cela valait un second verre de champagne. Il était tiré. On le but.

— Vous l’avez rossée, hier ? Elle pleurait.

— Hier je l’ai prévenue. On arrivera dans deux jours à Montevideo. Elle descendra. L’heure était venue de l’instruire. Je lui ai dit que j’avais déjà une femme à Buenos-Aires, qu’elle ne serait que ma fille d’amour, comme nous disons, ou mon « doublard », si vous préférez. Cette explication aboutit toujours à des pleurs et à des taloches. Maintenant c’est fini, on est d’accord. Voulez-vous avoir son avis ? Dis donc, boy, va chercher la jeune fille qui est avec moi, tu sais ?

Le boy ramena la galline.