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« Quelques minutes après, j’entrais dans la grande tente où j’avais retrouvé Denis Lerouge. Le roi Wallace exécutait son numéro et tenait l’assistance angoissée. Il semblait particulièrement de mauvaise humeur et il excitait les lions jusqu’à les faire tous rugir, sauf le vénérable Auguste, trop gras, trop paresseux et trop âgé pour s’émouvoir de quoi que ce fût.

« Enfin Wallace fit claquer son fouet aux genoux du vieux lion et le mit en position. Auguste, clignotant d’un air bonasse, ouvrit toute grande sa gueule où plongea la tête du dompteur. Alors les crocs se rejoignirent… crac ! comme ceci. »

L’homme aux léopards eut un sourire grave et doux, et son regard redevint lointain.

— Et voilà comment finit le roi Wallace, poursuivit-il, de sa voix basse et mélancolique.

« Quand l’émotion se fut calmée dans la tente, je m’approchai de Wallace, me penchai et flairai sa tête. Aussitôt je fus pris d’un éternuement.

— Ce… c’était… ? demandai-je, haletant de curiosité.

— Du tabac à priser… que Deville lui avait jeté sur les cheveux dans la tente d’habillage. Le vieil Auguste n’était nullement animé de mauvaises intentions. Il avait éternué… tout simplement ! »

jack london
Traduction de louis postif
Illustration de Bécan