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entre leurs doigts poudreux. Vous jugez la popularité que me valut un divertissement aussi princier. Maintenant, quand le malheur veut que je rencontre sur mon chemin quelque marchand ambulant, quelque vendeur de pain d’épices, à l’instant et comme par enchantement je vois surgir autour de moi une trentaine de gamins dont les regards vont avec anxiété de moi à la boutique et de la boutique à moi. Il n’y a pas à dire, il faut que tout y passe et que mon dernier sou s’en aille. Le marchand me prend pour un fou ; les paysans pour un homme qui ne sait que faire de son or ; les plus avisés pour un Anglais qui s’ennuie.

J’ai appris depuis mon départ que j’avais été dépassé de fort loin dans mes libéralités par un de ces Anglais qui promènent leur spleen à travers le monde, et qui font si sérieusement des choses risibles. Celui-ci, aux premières neiges, avait imaginé de s’établir sur la place du village à l’issue de la grand’messe et, se tenant comme une cible, il donnait son nez épais et aviné pour but à mes mangeurs de croquignoles. Quiconque parvenait à le toucher avec une boule de neige recevait cinq francs de récompense. Vous jugez la joie, les rires, les exclamations turbulentes à chaque boule de neige qui venait s’aplatir sur ce nez robuste, à chaque écu qui passait de la poche doublée de soie du milord dans le gousset troué d’un de ces francs vauriens.

Je vous ai parlé des fêtes de village ; elles ont