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sa raison et de son cœur ; si parmi toutes les pensées qu’a agitées son œuvre il s’en trouve, non pas dix de justes, mais une seule ; si cet homme qui a dit de lui-même :

____________Je suis né d’une femme,
Et je ne puis m’enfuir hors de l’humanité.

Si cet homme a prouvé qu’il tenait à cette humanité par un seul sentiment, sinon de charité, du moins de compassion ; s’il a consolé une misère, une, une seule, s’il a défendu un opprimé, s’il a communié une fois, une seule avec une des bonnes inspirations de ce siècle, avec une idée de progrès, de foi en l’avenir, eh bien, je m’arrêterai : je pourrai ne pas l’excuser dans ma conscience ; je ne le dénoncerai pas. Une larme, une seule à travers ce masque, et je comprendrai que les âmes tendres puissent un moment subir la contagion de la miséricorde. Mais quoi ! toujours des blasphèmes ! Jamais une pensée virile, jamais même un souvenir du cœur. À peine quand la Pologne râle, un couplet lamentable.

Qu’on ne vienne pas me dire qu’il exprime un vice et qu’il l’a merveilleusement rendu. Eh ! ces vices-là nous voulons les ignorer ; ces turpitudes sont heureusement assez rares pour n’avoir pas besoin d’être dévoilées ; d’ailleurs nous ne pouvons admirer le peintre du crime qu’à la condition qu’il ne se soit pas incarné dans son œuvre, autrement il partage avec elle le mépris qu’il veut nous inspirer. Mais voyons, soyons francs, souvenons-nous de ce que nous sommes, souvenons-nous de ce qu’il a fait.

Ô vous qui vous battez pour une idée de salut, pour un principe d’humanité, vous qui l’épée ou la plume à la main, défendez le droit, vous qui croyez au devoir, vous qui vous acharnez contre les préjugés, vous qui recherchez à travers tout la vérité, savez-vous que s’il vivait encore, vous seriez encore pour lui ses Duponts et ses Durands ! Celui qui n’a