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qu’en réclamant les droits de nos frères nous accomplissons un devoir, car le grand principe de la liberté est de ne pas souffrir d’esclaves à côté d’elle ; nous croyons que nous sommes tous solidaires dans nos joies comme dans nos souffrances ; nous croyons que, quelles que puissent être les défaillances du moment, jamais l’iniquité ne prévaudra ; nous croyons que, dussions-nous la voir triompher pendant toute notre vie, il n’y a pas d’excuse pour une apostasie ; nous croyons que ceux qui se retirent découragés ne sont pas convaincus ; nous croyons et nous professons hautement L’infaillibilité absolue de ce principe, dans lequel le sentiment n’a rien à voir, mais qui est le fondement et la raison même de notre être : la liberté, l’amour de nos semblables ; nous croyons et nous professons hautement qu’en dehors de ces idées il n’y a pas d’homme, et vous qui n’avez rien cru, rien professé de ce que nous défendons, nous nous retirons de vous, nous vous repoussons de notre communion.

Je m’arrête, messieurs. On m’accuse d’avoir été passionné envers M. de Musset. Eh bien : je fais une concession (Ah ! Ah ! silence). Mais avant j’ai voulu affirmer, je le répète que la jeunesse le répudiait lui et ses doctrines si le nihilisme pouvait jamais en être une. (Murmures. Il est vraiment bien temps de réclamer ici. Mais vous lui en avez donné la preuve la plus écrasante ! Derrière ce cercueil qui montait au Père-Lachaise vous étiez cent a peine, et nous étions cent mille à suivre le corbillard des pauvres qui portait Lamennais à la fosse commune. (Longs applaudissements.) Celui-là emportait une partie de notre cœur, celui-là avait écrit dans les Paroles d’un croyant quelques pages qui resteront l’évangile des temps modernes. L’autre ne nous avait rien dit. Nous n’avions rien à lui dire. (Murmures. Bravo, bravo. Applaudissements.)

Cependant je l’ai dit, je ferai une concession. Bien que je ne puisse jamais pardonner au diffamateur de l’idée vivante, je me tairais, si quelque chose a surnagé dans le naufrage de