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Pour qui donc ces flambeaux, et qui donc va venir ?
Qui que tu sois, tu dors, tu n’es pas son amante.
Les songes de tes nuits sont plus purs que le jour,
Et trop jeunes encor pour te parler d’amour.
A qui donc ce manteau que cette femme essuie ;
Il est couvert de boue et dégouttant de pluie ;
C’est le tien, Maria, c’est celui d’un enfant.
Tes cheveux sont mouillés ; tes mains et ton visage
Sont devenus vermeils au froid souffle du vent.
Où donc t’en allais-tu par cette nuée d’orage ?
Cette femme n’est pas ta mère assurément.
. . . . . . . . .
. . . . . . . . .
Silence ! quelqu’un frappe, et sur les dalles sombres
Un pas retentissant fait tressaillir la nuit.
Une lueur tremblante approche avec deux ombres...
C’est toi, maigre Rolla ? Que viens-tu faire ici ?

Savez-vous pourquoi Rolla est auprès de Marion ? Voici ce qui va vous l'apprendre. Écoutez :

Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire
Voltige-t-il encor sur tes os décharnés ?
Ton siècle était, dit-on, trop jeune pour te lire ;
Le nôtre doit te plaire, et tes hommes sont nés.
Il est tombé sur nous, cet édifice immense
Que de tes larges mains tu sapais nuit et jour.
La mort devait t’attendre avec impatience
Pendant quatre-vingts ans que tu lui fis la cour.
Vous devez vous aimer d’un infernal amour.
Ne quittes-tu jamais la couche nuptiale
Où vous vous embrassez dans les vers du tombeau,
Pour t’en aller tout seul promener ton front pâle
Dans un cloître désert ou dans un vieux château ?
Que te disent alors tous ces grands corps sans vie,
Ces murs silencieux, ces autels désolés,
Que pour l’éternité ton souffle a dépeuplés ?
. . . . . . . .
Vois-tu, vieil Arouet ? cet homme plein de vie,
Qui de baisers ardents couvre ce sein si beau.