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saire et féconde d’un siècle qui se renouvelait et la fièvre de croissance d’une société. Pour qui sait lire, le Göthe de Werther et du premier Faust, qui déclare l’impossibilité de vivre dans le monde tel qu’il est, et qui appelle les puissances inconnues au rajeunissement du vieil homme, est bien autrement réconfortant et salutaire que le Gôthe du Divan et du second Faust, tranquille et indifférent pendant que les peuples se lèvent et dont l’unique idéal est d’évoquer l’antiquité. Quant à Byron, il faut un regard bien superficiel pour voir un professeur de scepticisme et de découragement dans ce défenseur de toutes les libertés et de toutes les indépendances, dans ce penseur militant qui combat de la pensée pour les ouvriers contre les lords, pour les peuples contre les rois, pour l’Espagne contre Napoléon, pour Venise contre l’Autriche, et qui meurt pour la Grèce. Manfred ne nie pas Dieu, il affirme l’homme, et sa foi est telle que ni les menaces des paysans offensés dans leur superstition, ni les supplications de l’abbé qui voudrait rallier à l’église ce vaillant esprit, ni les lâches conseils que donne l’approche de la mort, ne peuvent le faire douter. N’importe, que ce soit ou non Byron et Göthe qui aient fait Octave maladif et chétif, il l’est. Le premier coup de vent, la trahison d’une maîtresse, le renverse, et il roule dans tous les désordres que j’ai racontés. Il devient le débauché, excessif en apparence, timoré de fait, qui s’appelle successivement don Paez, Dalti, Mardoche, Garuci, Frank, Hassan._Il est, à la surface, bruyant, insouciant, insulteur du ciel et de la terre ; au fond, timide et souffrant. C’est après cela qu’il rencontre madame Pierson : il ne l’a donc pas attendue pour souffrir. Elle n’est pas sa maladie ; elle essaye d’être sa guérison. Sous le tendre rayon de cette âme haute, il se redresse et se fortifie, il aspire au bien, à la vérité, à la république, au dévouement, mais ses mauvaises années d’ironie et d’imitation ne veulent pas le lâcher ; la débauche s’attache à Lorenzaccio ; Rolla retourne mourir où il a vécu. Octave est maintenant ce qu’il se disait, amer, injurieux, violent ; il mal-